BERNHOFT

La touche humaine fait toujours la différence. Les auditeurs répondent invariablement à ce lien tactile entre le musicien et la musique.

Pour utiliser des termes plus modernes : le vrai ne trompe jamais…

Le norvégien Jarle Bernhoft (chanteur, multiinstrumentiste, compositeur et producteur nominéaux Grammy) insiste sur ce lien personnel dans son quatrième album judicieusement baptisé Humanoid, le premier en tant que Bernhoft & The Fashion Bruises. Enregistré avec l’ensemble du groupe, le disque dégage une ambiance riche en émotions soutenue par un groove R&B bouillonnant et de puissants refrains pop. L’artiste a observé le paysage musical avec la ferme intention d’aller à contre-courant avant d’assembler cette œuvre brillante, lumineuse et insolente.

Si quelqu’un peut y arriver, c’est bien lui. Depuis ses débuts solo en 2008 avec Ceramik City Chronicles, il a développé tranquillement un répertoire encensé par les fans et les critiques avec travers les albums Solidarity Breaks [2011] et Islander [2014] ainsi que les minis Stop/Shutup/Shout It Out [2016] et The Morning Comes [2017]. Islander a été nominé pour le Grammy 2015 du « Meilleur Album R&B » avec, notamment, « Come Around » et « No Us, No Them » [feat. Jill Scott]. Jarle en a aussi profité pour se produire chez Ellen et Conan, tout en récoltant les louanges de NPR, USA Today, et bien d’autres encore.

Rejoint par The Fashion Bruises, la création de Humanoid a commencé à l’ancienne. Ils ont préféré répéter de nombreuses fois plutôt que de se ruer en studio. De fait, la sauce a très bien pris.

« Nous avons tout fait en groupe, » explique Jarle. « Nous n’avons pas utilisé d’ordinateurs. Nous avons tout joué vraiment. Les Fashion Bruises font partie intégrante du son. Ma période solo n’est pas révolue, mais je fais quand même une pause. Le but était que ça reste une production live. »

Ils ont enregistré en deux semaines seulement au Oslo Klang, avec Bernhoft dans le fauteuil du producteur derrière la table de mixage, tandis que son enfant rampait dans le studio.

« Rien de tel qu’un bébé dans les pattes quand on joue de la guitare, » rigole-t-il.

Le groupe a annoncé le disque avec le premier single « Buried Gold » [feat. Raelee Nikole] au tempo funky auréolé de guitares énergiques où Jarle s’imbrique dans un duo hypnotique avec Raelee. Leurs voix s’entrelacent dans une discussion imparable soutenant le thème principal.

« La chanson représente le thème central du disque, » dit Bernhoft. « C’est un dialogue entre l’optimiste et le pessimiste qui se font quotidiennement la guerre en moi. Je passe de la désillusion à l’espoir, et c’est un état de fait. Je me souviens du résultat du Brexit. Peu après, il y a eu le vote pour les présidentielles américaines. J’ai eu l’impression que le monde s’effilochait. J’étais déchiré entre l’envie de me jeter dans la bataille et celle de juste dire : que le monde aille se faire voir. Ces deux points de vue se sont entrechoqués. Raelee est éblouissante sur ce titre. »

Ailleurs, des applaudissements, une énergie acoustique, du bottleneck chaleureux, une sensibilité solaire sur un « California » d’inspiration Côte Ouest, tandis qu’un « Don’t Give Up » offre un adieu puissant illustrant l’étendue de sa voix.

Par bien des aspects, le titre éponyme demeure la meilleure représentation de Humanoid. Un riff de guitare entêtant laisse la place à un chœur auquel on ne peut résister.

« Cela prouve bien des choses au sujet du lien entre l’homme et la machine, » admet-il. « Je ne sais pas si je dois m’en réjouir ou non. On voit des gens à table ou dans des café les yeux rivés sur leurs écrans sans faire attention aux autres. Je réfléchis à la manière dont nous interagissons, comment nous discutons, et si nous améliorons nos vies ou si nous les amputons avec ces interfaces. J’essaie de trouver des gens, mais je ne peux pas les voir derrière leurs écrans. »

Pourtant, Bernhoft a le pouvoir de pousser les gens à poser leur téléphone, à se lever et à danser, et peut-être même à penser.

« On peut danser sur ce morceau, mais on peut aussi y réfléchir, » conclut-il. « Quoi qu’on en dise, j’adorerais déjà rétablir une connexion. »

mercredi 28 novembre 2018 20h00 - LILLE - LE SPLENDIDreserver

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